Président du Parlement turc à l’ «UPCI»:

- Solutions communes à nos problèmes communs
- Ensemble vers un ordre global plus juste et démocratique
- La diplomatie parlementaire concrétise la volonté du peuple
- Agir pour éviter de relier l’Islam au terrorisme et à la violence
- L’UPCI, un forum de taille pour l’action Islamique commune

UPCI Bulletin No.16 Hiver 2015

Photo from turkeySon Excellence M. Cemil Ciçek, Président de la Grande Assemblée Nationale de Turquie et Président de la 10e Conférence de l’UPCI, a abordé plusieurs questions cruciales concernant les musulmans dans tous les domaines dont les plus importantes sont les défis considérables auxquels fait face le monde musulman et la manière de les afronter ; la solidarité entre les Musulmans, les obstacles sur son chemin et les manières de les surmonter ; la diplomatie parlementaire et son rôle et, créer un nouvel ordre mondial ; le dialogue entre les cultures et religions: les bases et conditions. Les idées de Son Excellence et ses perceptions sur ces questions ont été abordées dans son interview:

PUIC: Comment évaluez-vous l’expérience de l’UPCI dans le domaine de l’action parlementaire islamique commune?
 
M. Ciçek: Il est très important que les membres des Parlements représentant leurs peuples partout dans le monde se réunissent et échangent leurs vues. Dans ce contexte, j’attache une importance particulière à l’UPCI en tant que plate-forme à travers laquelle les parlementaires des Etats musulmans se rassemblent et partagent la joie de leurs réalisations, ainsi que leurs déceptions.
Si l’Occident domine le système mondial d’aujourd’hui, c’est le résultat de leur vigilance et leur capacité d’action commune. Nous devons également améliorer la capacité d’action et d’effort commun, ainsi que l’art de la prise de décision conjointe de manière à accroître la prospérité des Etats musulmans, établir la paix et la stabilité dans notre région, faire entendre notre voix plus efficacement dans les fora internationaux et éliminer l’islamophobie et les attitudes et préjugés hostiles envers l’islam et les musulmans. A cet effet, l’UPCI a une importance particulière.
L’UPCI a un potentiel important en ce qui concerne l’établissement de la coopération et de la coordination plus efficace entre nos Parlements pour trouver des solutions communes à nos problèmes communs. Cependant, cela nécessite que l’UPCI ait un fonctionnement plus efficace.
UPCI: De quelle manière peut-on améliorer le travail de l’UPCI afin de réaliser les objectifs pour lesquels il a été établis?

M. Ciçek: Tout d’abord, nous devrions considérer l’UPCI comme une ombrelle institutionnelle. Nous devrions l’appuyer systématiquement. L’institutionnalisation devrait être la question principale, à cet égard. La fonction de l’UPCI ne doit pas se limiter seulement aux discours prononcés lors des Conférences. Les bonnes pratiques doivent être examinées pour l’institutionnalisation et si nécessaire, des études conjointes doivent être menées en coopération avec d’autres Assemblées parlementaires et des organisations internationales.
Quand on examine les résolutions adoptées par l’UPCI, nous constatons que les mêmes résolutions sont adoptées encore et encore chaque année. Cependant, les structures politiques, économiques et sociales globales ne tolèrent pas la notion de «répétition». Nous sommes à une époque où vous devez continuer à courir pour maintenir votre position. En ce sens, il est nécessaire de suivre un programme plus dynamique. L’adoption d’une résolution ne signifie pas grand-chose en soi; En revanche, il est essentiel de mettre en œuvre les résolutions et suivre leur mise en œuvre. A cette fin, l’UPCI devrait être renforcée par rapport à l’institutionnalisation et, le cas échéant, soutenue par des mécanismes efficaces. Je crois que les réunions avec les programmes dynamiques et avec moins de points dans son agenda, seront plus fructueuses. Quant à la mise en œuvre des résolutions adoptées, des mécanismes de suivi et de présentation des rapports de suivis peuvent être prescrits. Pour les mettre en œuvre, de nouveaux mécanismes peuvent être mis en place en coordination avec l’OCI. En outre, comme les Etats membres, nous devrions partager les connaissances et les bonnes pratiques. Nous pouvons mettre un pas en avant en établissant un “Centre d’information conjoint» à cette fin.
 
UPCI: A votre avis, quels sont les défis les plus remarquables auxquels le monde islamique d’aujourd’hui fait face? Comment est-il possible de relever ces défis?
 
M. Ciçek: Nous sommes tous conscients des problèmes radicaux enracinés dans l’histoire et des nouvelles menaces contre le monde islamique. Cependant, je pense que nous devrions adopter une approche plus autocritique et plus profonde pour comprendre l’émergence des problèmes ou l’impasse dans leurs résolutions.
Il est certain que l’un des plus grands défis auquel est confronté le monde islamique se réside dans les différends politiques. Dans ce contexte, le danger recrudescent de la violence sectaire causée par l’inaction continue, requiert une grande importance. Ces conflits font obstacle à la solidarité et conduisent à l’association de l’Islam à la terreur et à la violence. Face à la présentation de l’Islam sous une forme négative, les individus et les hommes politiques auront une responsabilité cruciale à assumer. Comprendre et adopter pleinement les valeurs islamiques et les transformer «de mot en acte», est aussi un élément important de cette responsabilité. En outre, il est nécessaire de s’engager dans un effort conjoint avec concordance et consultation et insister sur ces efforts.
Un autre défi à relever réside dans le sous-développement et la sous-performance disproportionnée avec la population musulmane qui constitue le tiers de la population mondiale. Ce sous-développement est en contradiction avec les réalisations du monde islamique qui possède un fort héritage de son passé. Je tiens à souligner l’importance de suivre les développements économiques avec un esprit ouvert et établir des systèmes économiques justes et efficaces à la lumière de ces évolutions pour surmonter ce problème. Il est également essentiel de concevoir des politiques économiques en prenant en compte de la situation de chaque pays et les bases de développements économiques mondiaux, d’échanger des expériences dans le monde islamique et d’établir des liens surtout des liens économiques plus forts pour faire face au sous-développement.
Les inégalités sociales sont aussi des défis contre la justice et de la prospérité qui doivent être surmontées. Je tiens à rappeler que les éléments comme la race, le sexe et les sectes sont les sources de richesse et non pas de l’inégalité. De même, la distribution injuste des revenus et l’inégalité du statut social provenant de la distribution inégale de ces revenus provoquent le mécontentement social à moyen terme, ce qui affectera la performance dans tous les domaines d’une manière néfaste. Nous observons que les inégalités sociales ne se limitent pas à certains pays uniquement, il en existe aussi au sein du monde islamique. Dans ce contexte, je tiens à exprimer que ni la répartition injuste des revenus, ni la violence domestique n’ont de place dans l’Islam. Pour résoudre ces inégalités, il est nécessaire d’accroître la sensibilisation par l’éducation et de réexaminer les politiques sociales et économiques en accordant une importance particulière à la justice dans l’Islam.
 
UPCI: La solidarité islamique est toujours confrontée à certains obstacles, à votre avis, quels sont les obstacles les plus importants et comment peuvent-ils être surmontés? Quelles sont les étapes nécessaires pour fonder la solidarité islamique sur des bases appropriées et fermes?
 
M. Ciçek: Il existe 1,6 milliards musulmans et 57 pays avec une population majoritairement musulmane sur les cinq continents. Chacun de ces pays a ses propres caractéristiques culturelles et économiques et, des priorités spécifiques. Par conséquent, il est normal d’avoir des opinions divergentes sur certaines questions. Toutefois, la diversité et la divergence ne doivent pas entraver la solidarité dans nos combats contre les problèmes communs. Ici, le renforcement de l’interaction entre les pays, en gardant ouverte la porte au dialogue, laissant les préjugés de côté, la redynamisation de la compréhension de l’unité et de la solidarité, et garder à l’esprit la vision de la justice et de l’égalité dans les discussions et la résolution des problèmes, devraient constituer l’essence de l’approche à adopter contre les défis qui font entrave à notre solidarité. D’autre part, l’institutionnalisation des relations bilatérales et multilatérales entre les Etats et la discussion sur les mécanismes plus efficaces contribueront également à surmonter les défis.
 
UPIC: Comment percevez-vous le rôle que peut jouer la diplomatie parlementaire dans la création d’un nouvel ordre mondial, plus juste et bénéfique à tous les peuples du Monde?
 
M. Ciçek: La compréhension et la convergence des peuples peuvent être actualisées de nombreuses façons. La diplomatie parlementaire en est l’un de ces moyens et offre l’occasion de connaître l’autrui et de partager nos joies, nos peines et nos objectifs. A cet égard, l’importance et l’influence de la diplomatie parlementaire s’accentuent de jour en jour. L’amélioration des actions menées au niveau des Assemblées parlementaires, des groupes d’amitié interparlementaires entre les Parlements et les comités spécialisés permanents, est d’une importance vitale. L’interaction ne doit pas être confinée à une simple connaissance, mais il devrait contribuer à la discussion et à la résolution des questions. En ce sens, les Parlements peuvent jouer un rôle dans l’augmentation de la compréhension mutuelle par la diplomatie parlementaire et influencer en revanche positivement par cette compréhension mutuelle.
Le processus de la conception des relations internationales a été mené par plusieurs acteurs, y compris par les hommes d’affaires et les personnalités, les ONG et les parlementaires. Tout comme dans de nombreux autres domaines, les structures d’acteurs multiples ont remplacé celles centralisées, les acteurs simples et les structures rigides. A ce stade, la diplomatie parlementaire, qui permet aux parlementaires de discuter des questions qui ne sont pas abordées par la diplomatie classique, offre des possibilités à cet égard.
En outre, les Parlements sont des mécanismes nécessaires pour concilier la volonté du peuple et les politiques, y compris la politique étrangère. Les Parlements peuvent être servis comme mécanisme le plus efficace pour contrôler la politique étrangère considérée comme un domaine à ne pas s’immiscer. Les organisations internationales agissant sur la base des décisions prises par des institutions parlementaires, peuvent contribuer à la formation d’un système global plus démocratique. A un moment où la légitimité des organisations internationales est remise en question, la contribution des organisations parlementaires aidera à combler le déficit de cette légitimité.
 
UPCI: Le dialogue entre les cultures et les religions semble être très pertinent pour la société humaine contemporaine. De quelle façon jugez-vous que les bases et les conditions d’un tel dialogue soient-elles efficaces et fructueuses?
 
M. Ciçek: Les communautés ont été de plus en plus dépendantes les unes des autres dans le monde globalisé. Il importe de former une volonté commune pour transformer cette interdépendance à une camaraderie globale. A cette fin, il est essentiel de combattre les préjugés, les idées erronées et les polarisations.
Les peuples appartenant à des différents groupes religieux sont malheureusement dans un affrontement. Cependant, ce n’est pas un affrontement dont tout le monde approuve. Les affrontements, la poursuite de ce que les courants radicaux désirent, malgré leur nombre minoritaire, affectent malheureusement la majorité qui est en faveur de la paix et du dialogue. L’islam est devenu surtout une religion qui a été mal perçue en raison de l’image négative qui lui est associée, malgré le fait que c’est une religion qui accumule les valeurs morales suprêmes. Les musulmans ont aussi leur propre responsabilité dans cette perception erronée, cependant, nos efforts peuvent contribuer à l’éradiquer.
Les efforts du monde islamique pour invalider la prédiction auto-réalisatrice du choc des civilisations, devrait avoir certains termes. Tout d’abord, nous devrions laisser de côté nos préjugés dans nos attitudes envers d’autres interlocuteurs et certains événements et nous devons donner la priorité à nos points communs et considérer notre diversité comme une richesse. Dans ce contexte, l’Alliance des civilisations dont l’Initiative a été lancée par la Turquie et l’Espagne est très importante.
En tant que religion universelle, l’Islam prêche le sens de l’acceptation des autres cultures aux être humains. Dans ce cadre, un environnement dépourvu de violence et de conflit permettra d’exprimer les valeurs fondamentales de l’Islam et d’afficher un comportement exemplaire pour une vie en conformité avec l’islam. Par conséquent, je crois qu’un tel environnement contribuera à l’amélioration du dialogue entre les cultures et à la prise d’une position commune face aux problèmes communs.
 
UPCI: A votre avis, quel rôle peuvent jouer les Parlements pour inciter leurs gouvernements respectifs à adopter des politiques économiques appropriées selon les dernières réalisations scientifiques et les conditions locales? Surtout des Parlements ayant des relations profondes avec les peuples et qui sont mieux avisés des conditions locales.
 
M. Ciçek: Comme nous le savons tous, les économies nationales sont récemment affectées par une structure économique globale plus dynamique et une évolution rapide des développements technologiques. Les conditions locales gardent leurs importances dans les politiques économiques.
Les Parlementaires, grâce à leurs contacts avec le peuple, peuvent identifier la structure économique, les besoins et les problèmes de leur circonscription et générer des solutions efficaces et réalisables. Dans ce contexte, les parlementaires en tant que représentants investis d’une connaissance approfondie des conditions locales sont des acteurs qui peuvent informer et influencer leurs gouvernements sur les questions qui devraient être prises en compte lors de la rédaction des politiques économiques.
En tant que parlementaires, il est de notre devoir devant les citoyens de suivre l’évolution mondiale, d’informer nos gouvernements lors de la rédaction des politiques économiques en prenant en compte ces évolutions et à les conjuguer aux conditions et aux besoins nationaux et contribuer à la formation de ces politiques. En outre, il incombe à nos parlementaires d’examiner les politiques économiques dans le cadre de la responsabilisation des politiques financières par le biais du taxe.
D’autre part, je tiens à exprimer que la confiance politique est une des conditions préalables à la croissance économique. Peu importe le type de marché adopté, l’établissement de la confiance politique, rejet de la corruption et, la transformation de la croissance économique au développement par des politiques appropriées, sont les responsabilités des politiciens et des parlementaires qui sont les représentants du peuple pour surveiller le respect de ces responsabilités.