Honorable SIDIBE à l’UPCI:

- Défis importants auxquels font face les musulmans
- Nécessité d’un Plan Marchal pour aider les pauvres
- l’UPCI, mécanisme pour la démocratie parlementaire

- le Terrorisme, l’Extrémisme, la situation de la Palestine et le développement socioéconomique  sont les défis majeurs
-Nécessité d’un Plan Marchal pour Combattre la pauvreté dans les pays musulmans;
- La Démocratie est la pierre angulaire du Développement;
- La Compagne pour lutter contre la désertification;
- Terrorisme et l’Extrémisme, réalités mondiales
- l’Acceptation de l’autre, ossature du dialogue

UPCI Bulletin No.20 Hiver 2017

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Le Président de l’Assemblée Nationale de la République du Mali, S.E.M. Issaka SIDIBE, a défini les défis les plus importants auxquels font face les musulmans. Il a souligné que la lutte contre ceux qui ternissent l’image de l’Islam devrait s’effectuer aux niveaux militaire, médiatique et idéologique. Sur la scène de la solidarité islamique, il a envisagé un Plan Marchal où les pays nantis de l’OCI pourront aider les pays musulmans démunis pour se débarrasser du joug de la pauvreté  et de la misère. Il a également précisé que l’UPCI est un mécanisme pour la démocratie parlementaire qui consolide le rôle des peuples dans les relations internationales. En ce qui concerne le dialogue culturel et religieux, M. SIDIBE a souligné l’importance de mettre un terme à stéréotyper et, en revanche accepter l’autre malgré ses différences culturelles et religieuses.

Introduction:
Dans son interview avec «UPCI», Honorable Issaka Sidibé, Président de l’Assemblée Nationale de la République du Mali a mis en exergue les questions cruciales qui préoccupent le monde musulman en particulier et, le monde contemporain en général. S.E. a défini les défis majeurs auxquels font face les musulmans actuellement et a appelé à investir davantage dans la diplomatie parlementaire proactive et l’action collective face à l’ennemi commun.  Il a de même invité les pays nantis de l’OCI pour engager un Plan Marchal pour aider les pays pauvres de sortir de l’abime de la pauvreté et de la misère. Monsieur Sidibé a souligné que le nouvel Ordre économique mondial doit chercher à préserver l’écosystème pour la survie de l’être humain. Il a mis en exergue l’impérative de mettre un terme à stéréotyper et, a prévalu l’acceptation de l’autre, avec ses différences culturelles et religieuses.
Voici le texte de son interview:

Faire face aux défis
UPCI: Le monde musulman est actuellement face aux défis critiques. Pourriez-vous nous les définir en fonction de leur importance et, comment les musulmans peuvent ils les confronter efficacement ?
Président: Au-delà des nations  et du monde musulman, c’est le monde entier qui fait face à des défis majeurs sans  précèdent. Le premier défi selon moi est l’intégrisme religieux. Celui qui utilise l’islam pour commettre des actes condamnables.  Nous savons tous ses conséquences pour notre religion. Il ternit à plus d’un titre, l’image de l’Islam. Il nous faut donc au sein de l’UPCI vaincre cette image dégradante que certains veulent donner à notre religion et instaurer une image positive de l’Islam. Ce combat peut être mené à plusieurs niveaux: militaire, médiatique et idéologique. Il s’agit surtout d’éviter l’amalgame savamment entretenu entre les agissements de ces tueurs sans foi ni loi et les principes de l’Islam. Je suis convaincu que ce défi est à notre portée, si nous adoptons une démarche commune de  solidarité de la Umma islamique.
Le second défi est le terrorisme qui se nourrit d’intégrisme sur des bases d’intolérance. A ce jour, le terrorisme a déjà couté la vie à des milliers voire des millions de personnes à travers le monde. Ces derniers temps de nombreux pays islamiques ont été victimes du terrorisme: Arabie Saoudite, la Turquie, le Mali, la Tunisie etc.
Un autre défi que je tiens à évoquer est la situation de la Palestine et de son peuple. J’estime que cette situation doit être au centre des préoccupations de l’UPCI. Nous devons chercher et trouver des solutions afin que nos frères et sœurs de Palestine vivent en toute quiétude sur la terre de leurs ancêtres. Ma dernière préoccupation  est le développement socioéconomique de nos Etats. Il s’agit surtout de lutter contre la pauvreté des populations en assurant leur bien-être. Mais tout cela ne sera possible que dans un environnement de paix et de stabilité.
Face à ces défis, l’UPCI doit s’investir davantage dans la diplomatie parlementaire proactive et plus agressive face à l’ennemi commun qui ne saurait être vaincu que collectivement. Que nous soyons parlementaires de pays pauvres ou riches, développés ou en voie de développement, il importe que nous agissons de concert pour le bien être de l’ensemble de la communauté musulmane.

Plan Marchal
UPCI: La solidarité islamique est un objectif chéri et tant attendu par les masses musulmanes. Etes-vous satisfait de ce qui a été réalisé jusqu’ici ? Est-ce que vous prévoyez une feuille de route pour atteindre cet objectif ?
Président: Les actions conduites dans nos pays sous le sceau de la solidarité de la Umma Islamique sont certes significatives notamment dans la construction d’infrastructures religieuses comme les mosquées et dans le domaine humanitaire. Nous saluons cette solidarité islamique qui apporte beaucoup aux populations démunies de la communauté musulmane. Elle permet à  de nombreuses personnes d’avoir  accès à la nourriture, à l’eau  et  à des soins de santé. Nous souhaitons surtout que ces interventions se poursuivent et s’accentuent, car ne l’oublions pas, l’extrême pauvreté est très souvent le lit de l’endoctrinement et donc du radicalisme. Cependant, il n’existe pas de programme de grands projets de développement à l’endroit des pays pauvres membres de l’UPCI.  L’idéal serait  que les pays riches de l’UPCI engagent un véritable plan Marchal capable d’aider les pays pauvres, particulièrement ceux d’Afrique à faire face à la grande crise économique que le monde connait aujourd’hui. Aussi il est souhaitable que l’UPCI développe un bras économique et financier pour les  grands projets de développement des pays pauvres.

Instauration de la Démocratie
UPCI: Comment percevez-vous le rôle que les Parlements  peuvent jouer dans l’instauration des principes démocratiques et la bonne gouvernance dans nos pays ?
Président: Les principes démocratiques  reposent dans leur application concrète sur l’adoption des lois. Convenez avec moi, que  cela  est  la toute première mission des parlements. Ensuite, ils assurent le contrôle de l’application des lois à travers le suivi de l’action gouvernementale. Cette répartition rigoureuse des rôles déjà dans la constitution de nombreux pays  comme le Mali, permet donc aux parlements  de légiférer et de contrôler l’action gouvernementale en tenant compte des intérêts des populations.
A travers sa mission de contrôle de l’action gouvernementale, et la gestion des lois de finance, le Parlement veille au respect de la bonne gouvernance.

Démocratie Parlementaire
UPCI: La démocratie parlementaire gagne de l’importance dans les relations internationales. Quel rôle joue-t-elle dans l’édification d’un nouvel ordre mondial qui soit plus équitable et bénéfique surtout pour les pays en développement ?
Président: La démocratie est la condition sine qua non du développement harmonieux  de toute nation. Elle permet la prise en charge des aspirations légitimes du peuple. Qui mieux que le Parlement peut être le levier de la participation pleine et entière du peuple à la réalisation de ses aspirations pour un développement humain durable.
Le nouvel ordre économique mondial, pour la survie de l’humanité, doit avoir pour objectif la préservation de notre écosystème, ce qui suppose la participation responsable du peuple. Le rôle et la place des peuples du monde dans les relations internationales sont renforcés par la démocratie parlementaire, la coopération entre  les Parlements du monde entier à travers les mécanismes comme l’UPCI.
 Dans sa conception, la démocratie parlementaire instaure l’égalité, la liberté et  la justice.  Malheureusement elle est encore en construction dans de nombreux pays. Mais nous représentants du peuple, espérons que dans quelques années, cette démocratie tant souhaitée sera une  réalité.

Interdépendance Economique
UPCI: Comment évaluez-vous l’action de la communauté économique de l’Afrique de l’ouest pour aborder les questions les plus urgentes dans la région de l’Afrique de l’ouest ?
Président: Il faut rappeler que l’Afrique de l’ouest a engagé un processus d’intégration économique depuis plus de quarante ans. Cela se traduit par une très grande convergence  des politiques entre les 15 Etats et mieux huit d’entre eux regroupés au sein de l’union économique et monétaire ouest africaine partagent la même monnaie qu’est  le F CFA. Bref pour dire qu’au-delà de la géographie et de l’histoire, ces pays ont des liens d’interdépendance économique avérés, base d’une véritable intégration sous régionale. Tout ce qui justifie la cohésion affichée dans la lutte contre les fléaux du terrorisme, du trafic de drogue etc. Au-delà des accords économiques et sécuritaires, les Etats de l’Afrique de l’Ouest s’accordent  également sur la prévention, la gestion et le règlement de conflits. En un mot l’un des objectifs de la CEDEAO est de transformer les conflits en force développement. Par exemple au Mali suite aux évènements de mars 2012 et actuellement en Guinée Bissau et en Gambie. Dans le cadre de la promotion de la paix, La CEDEAO observe  la tolérance zéro à l’égard des coup-d’ Etat comme moyen d’accès et d’exercice du pouvoir.

Lutter contre la désertification
UPCI: Le changement climatique et la désertification entravent le développement socioéconomique au Sahel africain. Quels sont les programmes mis en place pour surmonter de telles catastrophes naturelles et, dans quelle mesure ces programmes sont-ils efficaces ?
Président: La lutte contre la désertification et le réchauffement climatique est depuis des années l’une des priorités des autorités maliennes. Les programmes mis en œuvre à cet effet  sont  la grande muraille verte  et  le projet de gestion des ressources naturelles. Le gouvernement malien a initié également une campagne nationale de sensibilisation  aux conséquences de la désertification et du changement climatique. C’est dans ce cadre que des actions de reboisement  ont été lancées par l’Etat malien avec l’accompagnement des ONG et de certains pays partenaires. Cette vaste campagne qui s’inscrit dans la  lutte contre la désertification et les effets nocifs du changement climatique s’adresse à toutes les couches sociales de la nation malienne. Mais c’est au sein des établissements scolaires que les autorités maliennes ont accentué la campagne de sensibilisation. Ainsi chaque année des milliers d’arbres sont plantés à travers le pays.
Ajoutons à cela la participation du Mali aux  réunions internationales sur le changement climatique: COP 21 en France et COP 22 au Maroc.  

Force diabolique
UPCI: La guerre contre le terrorisme et l’extrémisme se poursuit toujours dans la région. Quelle est votre évaluation du niveau actuel des menaces à la stabilité et au développement découlant de ces phénomènes ?
Président: Comme je le disais plus haut, le terrorisme qui se mêle à l’extrémisme est une réalité planétaire. Cependant pour les pays pauvres comme ceux du sahel, la situation prend un relief particulier compte tenu de la faiblesse des moyens de lutte et de donc de résistance. Nous sommes dans  l’obligation d’engager les maigres ressources de nos budgets pour défendre notre intégrité territoriale.
Je constate que le terrorisme est en train d’anéantir à petit feu les efforts de développement de nos différents Etats. Quel pays peut aspirer, aujourd’hui,  à une quelconque stabilité, à une croissance économique lorsque les forces du mal rodent autour de nous et de nos projets, prêtes à frapper à tout moment ? Notre démocratie est menacée et les investisseurs sont méfiants. Même la survie de nos Etats est en jeu, la peur et la mort sont devenues le quotidien de nos paisibles populations.Il me paraît donc plus que nécessaire qu’au sein de notre organisation, nous redoublons d’efforts, surtout en termes de coopération, pour vaincre ce phénomène. Aussi nous sollicitons encore l’appui sans conditions de la communauté internationales afin de doter nos forces armées et de sécurité de capacités tactiques et opérationnelles. Notre priorité aujourd’hui est de stopper cette guerre asymétrique  dont les dimensions sont loin de se limiter dans le périmètre du seul sahel.

Acceptation de l’autre
PUIC: Le dialogue entre les cultures et les religions est l’une des préoccupations de l’UPCI. Selon vous, quels sont les fondements et les conditions d’un tel dialogue pour le rendre expressif et fructueux ?
Président: Ce dialogue entre cultures et  religions est une pratique permanente dans les relations internationales. D’où d’ailleurs la plus grande importance que nous accordons  à ce rendez-vous entre parlementaires appartenant aux nations membres de l’OCI. Nous croyons que le premier dialogue qui entrainera tous les autres, c’est le brassage des populations, organiser des rencontres, se côtoyer pour mieux se découvrir et se connaître. Nous devons mettre fin à des stéréotypes et incompréhensions qui pourrissent les religions entre les races, les croyances de par le monde. L’acceptation de l’autre avec ses différences et ses bases culturelles doivent être l’ossature d’un véritable dialogue entre les cultures et les religions.  Et c’est tout le sens de l’UPCI qui, à travers la réunion des parlementaires, va à la rencontre d’autres nations de cultures différentes mais ayant en partage l’Islam.
Nous sommes donc comblés au Mali du choix porté sur notre pays pour accueillir la prochaine conférence de l’union parlementaire de l’OCI. Venez chez nous, la population malienne  vous accueille dans la plus grande hospitalité digne de notre religion vénérée qu’est l’islam.