Allocution de M. Habib El Malki à l’ouverture de la Troisième Réunion Extraordinaire du Comité Exécutif de l’UPCI

Allocution de M. Habib El Malki à l’ouverture de la Troisième Réunion Extraordinaire du Comité Exécutif de l’UPCI

Allocution de M. Habib El Malki, Président de la Chambre des Représentants, Président de l’Union Parlementaire des Etats Membres de l’Organisation de la Coopération(Islamique) islamique, Prononcée à l’ouverture des travaux de la troisième Réunion extraordinaire du Comité exécutif de l’UPCI, 17 Juillet, 2019.

Mme Rebecca Kadaga Alitwala, Présidente du Parlement de la République d'Ouganda,

Chers collègues, membres du Comité exécutif de l'Union,

Chers collègues, représentants des peuples,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Secrétaire général adjoint,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi, tout d’abord, de vous souhaiter la bienvenue et de vous remercier d’avoir bien voulu accepter notre invitation à prendre part à cette réunion extraordinaire du Comité exécutif de l'Union Parlementaire des États Membres de l'Organisation de la Coopération Islamique. Cette participation démontre à quel point nous sommes conscients de l'ampleur des défis auxquels notre monde islamique est confronté. Elle témoigne également de notre détermination commune à apporter les réponses requises aux questions brûlantes auxquelles sont confrontés nos pays, nos peuples, nos parlements et nos élites.

Quatre mois se sont écoulés depuis la tenue de la 14ème session de la Conférence de l’UPCI ici-même, à Rabat. Les défis stratégiques, politiques, sécuritaires et économiques auxquels nos pays ont à faire face n’ont guère changé, ou alors ils sont devenus encore plus complexes. Les réponses communes que nous devons leur apporter, dans le cadre de notre Union, devraient être mûries, consensuelles, réalistes et efficientes. Dans ce but, nous avons pris le temps qu’il fallait afin d’élaborer, de concert avec le Secrétariat de l’Union, un projet de plan d'action intérimaire. Conformément à l'approche fondée sur le consensus, la concertation et l’action commune que nous avons veillé à appliquer au cours de notre présidence de l'Union, nous avons invité le Comité exécutif de l’UPCI à se réunir en session extraordinaire afin d’adopter un plan d'action pour la période entre les deux sessions de la Conférence de l’Union et convenir ainsi des initiatives à mener et des mesures à prendre.

Aussi ai-je l'honneur de vous présenter certaines des grandes lignes de ce plan d’action et des initiatives qu'il comporte. Le Secrétariat général de l'Union en a non seulement été dûment informé, mais il a également été associé à leur élaboration au cours des trois derniers mois. En termes de méthodologie, ce plan vise la réalisation des objectifs suivants:

Assurer l’efficience et l’efficacité de l’action de l’UPCI ;

Viser le consensus entre les membres de l’UPCI à propos des questions abordées ;

Consacrer l’indépendance de l’UPCI en tant qu’organisation parlementaire multilatérale ;

Assurer une réaction politique efficace aux développements qui interviennent dans le monde musulman et au plan régional ;

Intensifier les contacts et promouvoir le dialogue avec les organisations parlementaires multilatérales en dehors du monde musulman de manière à mieux défendre les justes causes des peuples musulmans, rectifier l’image erronée véhiculée sur l’Islam et les musulmans et combattre le terrorisme, l’extrémisme et l’intolérance ;

Œuvrer pour que la démocratie et la participation soient l’un des objectifs majeurs de l'Union, de sorte qu’ils puissent rehausser sa crédibilité et consacrer son indépendance en tant que cadre multilatéral reflétant la diversité du monde islamique, son étendue géographique, son poids géopolitique et son importance démographique.

Au vu de ce qui précède, permettez-moi de partager avec vous quelques propositions.

S'agissant de la première proposition, et compte tenu de la responsabilité historique qui est la nôtre, il est tout à fait naturel qu'elle porte sur la question palestinienne, qui connaît des développements particulièrement alarmants, dont la gravité, à mon sens, n’a d'égal que la mise en œuvre tangible du plan sioniste d'exécution de la sinistre déclaration de Balfour ainsi que la partition de la Palestine et la création de la puissance occupante.

Nul besoin pour moi, me semble-t-il, de rappeler les campagnes d'anéantissement menées contre le peuple palestinien, ni la répression féroce subie par ce peuple vaillant qui lutte pour l'obtention de ses droits historiques, notamment la création d'un État indépendant, avec al-Qods al-charif pour capitale, le retour des réfugiés et d'autres droits inaliénables.

Notre proposition, à cet égard, consiste en la création du Prix de la Palestine pour la démocratie et la justice historique. Une fois cette initiative approuvée, je propose que nous en définissions le cadre général, y compris le contexte, la philosophie, les objectifs, les conditions d'attribution et le règlement. Cette initiative vise la réalisation de ce qui suit :

Susciter un regain d'intérêt de la part de la communauté internationale pour la question palestinienne, d'autant que des développements intervenus aux niveaux régional et international ont relégué cette question au deuxième plan, permettant ainsi à l'occupant d'agir en toute impunité contre le peuple palestinien;

Rappeler à la communauté internationale, notamment la communauté parlementaire internationale, la légitimité des droits inaliénables du peuple palestinien;

Mettre en exergue la justesse de la cause palestinienne et la légitimité de la lutte du peuple palestinien qui vit sous occupation; démontrer que la lutte du peuple palestinien est légitime et qu'elle résulte de l’occupation;

Encourager les parlements nationaux dans le monde islamique ainsi que les parlements nationaux des pays non islamiques et les organisations parlementaires multilatérales à prendre des initiatives politiques et à soutenir la légitimité de la cause palestinienne et la lutte légitime du peuple palestinien.

La deuxième proposition consiste à œuvrer avec l’Organisation des Nations unies pour l'adoption, par l’Assemblée Générale d’une résolution instituant une journée mondiale annuelle de lutte contre l'islamophobie et l'intolérance et pour la promotion de la tolérance et du dialogue entre les civilisations. Il incombe, à cet effet, de mobiliser les efforts diplomatiques de nos pays, d'impliquer l’Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture (ISESCO) et l’Organisation des Nations unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) dans cette initiative, de faire une proposition dans ce sens au nom du groupe islamique à l’ONU, et de mobiliser nos alliés, nos amis et toutes les forces éprises de justice, de paix et de tolérance en vue de la réalisation de cet objectif.

Nous formons le vœu que cette Journée sera l'occasion pour la communauté internationale de plaider pour la tolérance et la coexistence, de mettre en exergue la modération de la religion islamique, de rejeter les discours contre l’Islam et les musulmans qui se nourrissent de l'islamophobie comme idéologie, et de combattre l’extrémisme et l’intolérance.

La troisième proposition consiste à dynamiser les Comités spécialisés au cours de la période entre les conférences de l'UPCI, et dont les travaux devraient déboucher sur des projets de recommandations et de résolutions à soumettre à la Conférence générale. L’objectif est de mûrir le consensus sur les recommandations et les résolutions suite à un débat approfondi à leur sujet au niveau des Comités, et de veiller à bien définir les sujets abordés par les Comités.

Il est proposé que l’ordre du jour de ces Comités porte sur des sujets prioritaires pour le monde islamique (chacun dans son domaine de compétence). Outre les parlementaires membres de ces Comités, des responsables gouvernementaux et des experts provenant de milieux académiques et de centres de recherche pourraient prendre part à ces réunions afin que notre Union puisse avoir une vision d’ensemble, à même de nous permettre d’étoffer nos travaux et de diversifier les passerelles avec nos sociétés.

Il est proposé que les premières réunions des Comités aient lieu comme suit :

Réunion du Comité Exécutif en Ouganda, conformément à la résolution prise par la 14e Conférence de l’UPCI.

Réunion du Comité des Affaires politiques et des relations extérieures dans le pays qui aura formellement proposé de l’abriter.

Réunion du Comité des Affaires Economiques et de l’Environnement : il est proposé qu’elle ait lieu dans un pays subsaharien, en guise de solidarité avec les pays africains, qui pâtissent des conséquences du dérèglement climatique et qui œuvrent pour assurer un développement durable ; une telle initiative s’inscrirait dans le cadre du plaidoyer parlementaire pour une justice climatique en Afrique.

Réunion du Comité des Droits de l’Homme, de la Femme et de la Famille : il est proposé qu’elle se tienne, dans la mesure du possible, en Tunisie, en signe d’appréciation des réformes introduites par ce pays dans le domaine des droits des femmes.

Il est proposé que la réunion du Comité des Affaires culturelles et juridiques et du Dialogue entre les civilisations et les religions ait lieu dans un pays d’Asie centrale.

Réunion du Comité de la Palestine : il est proposé qu’elle se tienne à Rabat, vu que Sa Majesté le Roi Mohammed VI - que Dieu le glorifie - préside le Comité Al-Qods, et compte tenu également de la signification politique et de la portée spirituelle de la question palestinienne pour le Maroc et les autres pays islamiques.

Au cours de leurs prochaines réunions, il est proposé que le Comités examinent de près les rapports et les résolutions adoptées par la 14e Conférence de l’Union, qui a eu lieu à Rabat du 11 au 14 Mars 2019, afin d’élaborer des conclusions synthétiques et de les mettre à jour sous forme de recommandations et de résolutions. Celles-ci auront fait l’objet de consensus et auront été muries, enrichies et mises à jour, dans la perspective de la tenue de la prochaine conférence de l’Union.

Quant à la quatrième proposition, elle consiste à appeler à la tenue d’une conférence extraordinaire élargie des Femmes Parlementaires Musulmanes de l’UPCI, en veillant à ce que la participation à cette conférence ne se limite pas aux membres des organes de l’Union. Ladite conférence devrait, en outre, se pencher sur des sujets à même de contribuer à faciliter la participation des femmes en politique, l’échange d’expertise et la présentation d’études comparées sur les systèmes facilitant l’accès des femmes aux organes élues.

Cette conférence élargie ne manquera pas d’envoyer un certain nombre de messages en direction de nos sociétés, de nos élites, de nos partenaires et de la communauté internationale, démontrant ainsi que les perceptions concernant le statut et les rôles des femmes dans le monde musulman ne reflètent pas la réalité. Elle mettra en exergue le fait que de nombreux acquis ont été enregistrés dans ce domaine – acquis qu’il nous appartient maintenant de renforcer et de pérenniser de manière collective, en veillant à bénéficier des expériences des uns des autres et des pratiques à l’échelle internationale en matière de facilitation de la participation politique des femmes.

Pour rappel, la Règle 6 des Règles de Procédure de la Conférence des Femmes Parlementaires Musulmanes de l’UPCI permet à un Membre de la Conférence des Femmes Parlementaires de proposer d'accueillir une Conférence extraordinaire.

La cinquième proposition concerne une batterie de mesures visant à faire des conférences ordinaires de l'UPCI une plateforme pour débattre et adopter des documents sur lesquels on serait parvenu à un consensus au sein des réunions des Comités et qui seraient sous forme de projets de résolution et de recommandations. Un tel consensus devrait être mûri en amont, loin de la pression de la conférence générale, le but étant d'améliorer les textes concernés, de veiller à ce qu’ils soient positifs, constructifs et applicables, qu’ils fassent l’objet d’un consensus et qu'ils puissent avoir un impact sur le processus de prise de décision à l’échelle internationale et au sein des organisations parlementaires multilatérales.

A ce propos, la déclaration finale, au nom de la capitale du pays hôte, refléterait les positions dont nous aurons convenues concernant les questions qui intéressent nos pays et nos peuples. Elle devrait faire part des débats qui ont eu lieu au sein des Comités et de la Conférence générale et produire un résumé synthétique des rapports des Comités. La déclaration finale est adoptée en tant que document fondamental de référence où sont consignées d’éventuelles réserves.

Mme la Présidente,

Chers collègues,

M. le Secrétaire général,

Nous sommes appelés à intensifier les contacts avec les organisations parlementaires multilatérales pour faire connaître les questions qui nous tiennent à cœur et pour défendre nos droits. Je pense que les propositions que nous avons présentées contribuent à renforcer et à consolider les acquis que notre Union a pu engranger au cours des vingt dernières années. Les défis auxquels notre monde islamique est confronté, à savoir l’occupation aujourd’hui encore d’une partie de ses terres, le terrorisme, les conflits internes et régionaux, le déplacement, la migration, le chômage, la promotion du développement, la stabilité, l’impact du dérèglement climatique ainsi que le promotion de la démocratie et de la paix, sont autant de problèmes majeurs qui nous incitent à améliorer nos méthodes de travail. Nous devons les rendre plus efficaces et nous assurer que nos décisions ont plus d’impact sur l'opinion publique islamique et, à terme, l'opinion publique internationale.

Vous souhaitant, encore une fois, la bienvenue parmi nous, je tiens à vous assurer de la détermination de la section marocaine et de mon engagement personnel à renforcer la cohésion de notre Union afin qu’elle puisse contribuer à relever les défis auxquels nous sommes tous confrontés.

Je vous remercie.