Position Collective Contre Islamophobie

Position Collective Contre Islamophobie

Par S.E. Mustafa Ṣentop, Président de la Grande Assemblée de Turquie

 

Le terme “Islamophobie” est généralement décrit et connu comme la peur, la partialité et l’hostilité contre la religion islamique, ses principes et ses disciples. Cependant, cette définition lexicographique d’Islamophobie est une définition faible et infondée, ce qui n’arrive pas à expliquer la dimension avérée de la violence et de la discrimination découlant de la haine contre les musulmans. Par conséquent, au lieu de l'islamophobie, je suggère par la présente que nous devrions l'appeler la haine contre l'islam pour avoir une compréhension solide et complète de la question dont nous sommes saisis.

Le virus de la haine contre l'Islam (et contre ses adeptes) se propage des rives de l'Extrême-Orient au cœur des États-Unis et d'un bout de l'Océanie aux capitales de l'Europe, empoisonnant où qu'il passe. Désormais, la montée alarmante de la haine contre l'Islam à laquelle nous assistons et que nous vivons aujourd'hui, montre un fait évident: la haine contre l'Islam n'est pas propre à une géographie, une culture ou une nation. Tout comme le racisme et la xénophobie, il s’agit d’un problème mondial comportant plusieurs dimensions qui ne peuvent être surmontées par un seul acteur. De plus, le monde doit prendre conscience du besoin urgent de coopération internationale afin de lutter contre la haine contre l'Islam et d'empêcher toute contagion supplémentaire de cette anomalie.

Avec près de 5 millions de citoyens turcs vivant à l'étranger, la Turquie a vécu des expériences tragiques en raison d'une série d'attaques violentes, de politiques discriminatoires et de retards judiciaires délibérés. Surtout en Europe occidentale, les attaques visant les communautés turques ont connu une nette inflation. Alors que 75 attaques violentes ont eu lieu en 2014, les Turcs vivant en Europe occidentale ont été exposés à 97 agressions en 2018. De manière générale, la haine contre l'Islam et ses répercussions ne sont pas nouvelles en Turquie.

Etant un membre actif et engagé de la Communauté internationale, la Turquie est considérée comme une source d’inspiration pour la lutte contre la haine envers l’Islam au niveau international. En particulier, tout au long de sa Présidence au sommet de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) entre 2016 et 2019, la Turquie a mené un certain nombre d’efforts pour faire face à la haine envers l’Islam en défendant les droits et libertés des Musulmans partout dans le monde et en mobilisant la communauté internationale

A ce stade, il convient de mentionner le rôle manifeste de S.E. Recep Tayyip Erdoğan, Président de la République de Turquie, qui a exprimé les préoccupations communes de la Ummah et incité l'OCI à prendre des mesures immédiates face aux graves incidents qui ont blessé ses concitoyens musulmans dans différentes parties du monde. Pendant la Présidence turc au sommet de l'OCI sous la direction de S.E. Le Président Erdoğan, le sort tragique des minorités musulmanes du monde entier, a été mis à juste titre, au premier plan des préoccupations de l’Organisation.

En plus de dynamiser l'OCI, la Turquie a contribué aux efforts de renforcement des capacités dans la lutte contre la haine envers l'Islam à d'autres niveaux. Le 5ème séminaire annuel de la Commission Permanente Indépendante des Droits de l'Homme (CPIDH) de l'OCI, qui est la dynamo de l'OCI en matière de droits de l'homme, s'est tenu à Istanbul les 17 et 18 octobre 2018 sur le thème “L’islamophobie : une violation des droits de l'homme et une manifestation contemporaine du racisme”. La déclaration adoptée au cours dudit séminaire a mis en avant des aspects importants de la haine contre l’islam, tels que lacunes de mesures juridiques pour l’application de sanctions contre crimes de haine, comme la diffamation, et l’absence d’un examen approfondi du contexte politique et idéologique des attaques violentes contre les musulmans.

Néanmoins, ce que j’ai appelé la coopération internationale plus haut, pourrait être mieux perçu en examinant les initiatives importantes et opportunes prises par l’OCI aux moments critiques, au cours de la présidence au sommet de la Turquie.

Plus récemment et plus important encore, le 22 mars 2019, en tant que Président au sommet de l'OCI, la Turquie a appelé à une réunion d'urgence à Istanbul pour débattre de la violence croissante liée à la haine envers l'islam, au racisme et à la xénophobie, en particulier de l'attaque terroriste dirigée contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande le 15 mars 2019. Sur l'invitation de la Turquie, le vice-Premier Ministre, le Ministre des Affaires étrangères ainsi que le Ministre des Communautés ethniques de la Nouvelle-Zélande ont également assisté à ladite réunion. Le terrorisme, quelque soit sa cible ou sa motivation, est une menace mondiale qui laisse la même cicatrice profonde partout où il se manifeste. L’attaque terroriste de Christchurch a toutefois été une sur-extension, non seulement parce qu’elle a causé la mort de 51 musulmans dans un lieu de prière sacré, mais elle a également révélé le fait que la violence fondée sur la religion peut même toucher les sociétés les plus harmonieuses et les plus tolérantes.

Le communiqué final adopté à l'issue de cette réunion par les États membres de l'OCI, document complet et élaboré sur la question, a servi de catalyseur et a ouvert la voie à l'adoption de la résolution sur «La lutte contre le terrorisme et d'autres actes de violence, violence fondée sur la religion ou la conviction », le 2 avril 2019 par consensus à l'Assemblée générale des Nations Unies.

La Turquie affirme également que le Groupe de contact de l'OCI sur la paix et le dialogue, dirigé par l'Indonésie, s'est réuni pour la première fois le 30 juillet 2019 à Jakarta avec pour mission d'élaborer un plan d'action pour lutter contre l'islamophobie. Pour la première fois dans l'histoire de l'OCI, un projet d'espoir est lancé pour lutter contre la haine envers l'Islam, ses institutions et ses fidèles. En tant que Parlements, en tant que Représentants de notre peuple, nous devrions également approuver ce plan.

En définitive, le moyen le plus crédible et le plus raisonnable de lutter contre l’islamophobie et l’intolérance consiste à travailler ensemble au niveau international. L’islamophobie étant une menace mondiale à plusieurs niveaux, la solution doit également reposer sur la même dimension. Pourtant, la coopération entre les acteurs des États, y compris leurs divers organes et Parlements, ne suffit pas pour assurer l’ultime succès. Comme dans le cas de l’OCI pendant la présidence Turque, les organisations internationales devraient également coopérer davantage pour développer, promouvoir et préserver les valeurs universelles afin d'éradiquer les attaques profondément enracinées dans des raisons idéologiques, ainsi que les attaques verbales basées sur leurs convictions religieuses, notamment envers les Musulmans.

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