Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de cette interview :
• Comment la coopération et l'intégration économique entre les États islamiques peuvent-elles être renforcées par l'activation d'accords de coopération économique intra-OCI ? Et quel est le rôle des parlements à cet égard ?
Je voudrais tout d'abord souligner le rôle majeur du Bulletin publié par l'UPCI et exprimer mes sincères vœux pour qu'il continue à exceller, à l'heure où il publie son 34ème numéro. De même, j'ai le plaisir de me féliciter de la tenue prochaine de la 55ème réunion du Comité Exécutif de l'UPCI à Nouakchott. En ce qui concerne la question sur les moyens de renforcer la coopération et l'intégration économique entre les États islamiques par l'activation d'accords de coopération intra-OCI, le premier point qui vient à l'esprit est la diversité des capacités économiques du monde islamique, dont les pays représentent ensemble certaines des plus grandes économies du monde. Malgré les défis économiques mondiaux majeurs, tels que la croissance mondiale lente, l'inflation continue, et les tensions commerciales renouvelées, les rapports sur les perspectives économiques mondiales indiquent des opportunités prometteuses pour les pays islamiques. Par conséquent, il est essentiel d'harmoniser les lois et les réglementations économiques, conduisant à l'unification, ou au moins au rapprochement, des systèmes commerciaux, douaniers et fiscaux entre les différents États Membres, et d'œuvrer à l'élimination de tous les obstacles et des incohérences juridiques qui empêchent la mise en œuvre d'accords conjoints.
A cet égard, l'activation des comités conjoints et des mécanismes de suivi est cruciale à travers la création de comités spécialisés chargés du suivi et de l'évaluation périodique, nous permettant ainsi d'évaluer les résultats de manière efficace. Afin d'assurer une véritable intégration économique entre les États islamiques, les points suivants doivent être pris en considération :
1. Développement des infrastructures transfrontalières par l'amélioration des réseaux de transport régionaux (routes, chemins de fer, ports, aéroports), l'amélioration de l'interconnexion électrique et des échanges d'énergie, et le renforcement de l'infrastructure numérique pour assurer la fluidité de la circulation des données et des services.
2. Activation des mécanismes de financement et d'investissement conjoints en lançant des fonds d'investissement communs pour financer des projets d'intégration régionale et en offrant des incitations fiscales et douanières unifiées pour les investissements conjoints.
3. Renforcement du rôle du secteur privé en impliquant les fédérations d'entreprises dans l'élaboration et la mise en œuvre d'accords conjoints entre les États Membres de l'OCI, en créant des conseils d'affaires conjoints pour le suivi et en soutenant la libre circulation des biens, des services et des capitaux.
4. Le partage de l'expertise et des expériences réussies, en particulier dans les domaines de la recherche scientifique, de l'économie numérique et de l'économie verte, souvent appelée « richesse de l'avenir », y compris les projets de réseaux énergétiques régionaux dans les domaines de l'énergie solaire et éolienne, les entreprises agricoles conjointes, et la création d'une réserve alimentaire régionale.
5. Activation de la coopération économique bilatérale et régionale et des accords commerciaux, en mettant l'accent sur le renforcement de l'efficacité de l'Organisation Islamique pour la Sécurité Alimentaire, de l'Accord Général pour la Coopération Économique et Technique entre les États Membres de l'OCI, de l'Accord Cadre sur le Système de Préférences Commerciales entre les États Membres de l'OCI, et de l'Accord de Makkah sur la Coopération dans le Domaine de l'Application de la Loi Anti-Corruption.
Ainsi, nous établissons une base solide pour une coopération authentique et une intégration économique constructive, qui profite aux gens et qui dure.
Concernant le rôle des parlements dans la facilitation d'une telle renaissance, il est bien connu que les parlements des États modernes jouent un rôle central dans le soutien de la coopération économique et le renforcement de l'intégration régionale et internationale, non seulement en tant qu'organes législatifs et de contrôle, mais aussi en tant qu'autorités influentes dont le rôle n'est pas moins important que celui des gouvernements et des institutions régionales. L'intégration économique nécessite une convergence législative et réglementaire entre les pays dans des domaines comme l'investissement, le transport, la fiscalité et le commerce. Dans ce cadre, les parlements peuvent amender les lois existantes ou adopter de nouvelles législations qui favorisent l'harmonisation et facilitent la coopération et l'intégration économique entre les États islamiques. Les comités parlementaires peuvent également assurer le suivi des projets économiques conjoints. Par conséquent, les parlements islamiques sont tenus de promulguer des lois efficaces sur la bonne gouvernance et contre la corruption afin d'encourager la coopération entre nos pays et de renforcer la confiance mutuelle. Les parlements devraient également tenir des auditions avec le secteur privé et des experts, et impliquer la société civile dans le suivi de la mise en œuvre des accords économiques régionaux. Plus les parlements seront efficaces dans ces domaines, plus nos pays islamiques pourront bénéficier des opportunités économiques offertes dans le domaine de la coopération et de l'intégration.
• La Cause Palestinienne est la priorité principale de l'UPCI. Comment envisagez-vous le rôle de l'UPCI, dans les circonstances actuelles, dans la recherche d'une solution juste à cette cause ?
Effectivement, la cause palestinienne est la cause principale de l'UPCI, comme elle doit l'être. C'est la première et principale préoccupation qui pèse sur le cœur de plus de deux milliards de musulmans à travers le monde. Aujourd'hui, cette cause juste est confrontée à des plans malveillants visant à la liquider par le déplacement forcé et l'obstruction au retour des réfugiés palestiniens qui ont été contraints, par la force, d'abandonner leur patrie. La continuation des crimes de guerre génocidaires commis par la puissance occupante israélienne à Gaza et en Cisjordanie, même après la conclusion de l'accord de cessez-le-feu de Charm El-Cheikh, conclu grâce aux efforts américains, arabes et islamiques, et qui visait à créer les conditions du calme et à ouvrir immédiatement la voie à l'aide humanitaire et aux efforts de reconstruction, confirme que cette entité voyou ne souhaite pas la désescalade. Au contraire, elle exploite les accords internationaux pour renforcer son occupation et étendre ses colonies, dans une tentative maléfique de liquider systématiquement la cause palestinienne. Une telle situation exige une action large et urgente pour parvenir à une solution juste, globale et définitive à cette noble cause. Il ne peut y avoir ni paix, ni sécurité, ni stabilité au Moyen-Orient ou dans le monde si le peuple palestinien ne peut exercer son droit légitime sur sa terre.
Cela exige de l'UPCI qu'elle continue à se mobiliser et à soutenir fermement la recherche d'une solution juste fondée sur la restauration des droits inaliénables et légitimes du peuple palestinien, au premier rang desquels le droit à l'autodétermination, la fin de l'occupation, l'établissement d'un État palestinien indépendant avec Al-Qods comme capitale, la garantie du droit au retour des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de l'AGNU, et la libération des prisonniers palestiniens des prisons de l'occupation conformément aux résolutions pertinentes de la légitimité internationale. Cette solution doit également s'accompagner d'un rejet sans équivoque de toute forme de déplacement forcé du peuple palestinien, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de sa patrie.
Tout appel ou initiative en ce sens doit être considéré comme un crime de guerre, un crime contre l'humanité et une violation flagrante du droit international et du droit humanitaire international. Il faut également exhorter le CSNU à assumer ses responsabilités et à appliquer ses résolutions, en particulier la Rés. 2334, qui rejette toute forme de colonisation, exige son arrêt immédiat dans les territoires palestiniens occupés, y compris la ville d'El-Qods, la reconnaît comme une ville palestinienne occupée et annule toute prétention israélienne à la souveraineté sur cette ville. Parallèlement, nous devons appeler l'ONU à activer le mécanisme de protection internationale du peuple palestinien et réaffirmer que la logique militaire qui préside à la barbarie israélienne et à l'usage excessif de la force n'apportera ni la sécurité, ni la stabilité, ni la paix à personne. Ainsi, je ne peux qu'exprimer ma profonde admiration et saluer les peuples libres du monde qui se sont unis partout dans le monde pour dénoncer la guerre israélienne de génocide et de famine à Gaza, et qui ont hissé haut le drapeau palestinien dans tous les forums pour soutenir cette juste cause. Je dois également noter avec satisfaction la vague de solidarité observée en Mauritanie pour soutenir le peuple palestinien frère pendant la guerre génocidaire israélienne à Gaza. Cette vague s'est traduite par des manifestations, des marches, des sit-in et des campagnes de dons à l'échelle nationale. Au premier rang de ces efforts courageux et inébranlables se trouvaient des parlementaires mauritaniens de tous âges, de toutes origines et de toutes appartenances politiques.
• Comment peut-on renforcer l'échange d'expertise en matière de législation et de contrôle entre les parlements des États Membres de manière à contribuer au développement institutionnel et à renforcer les pratiques démocratiques ?
Face à l’agression persistante contre Gaza et au blocus inhumain qui frappe la population civile, les Parlements des États membres de l’OCI ont une responsabilité morale et politique. Ils doivent agir au-delà des résolutions symboliques. Le renforcement de l'échange d'expertise en matière de législation et de contrôle entre les parlementaires n'est pas simplement un aspect symbolique de la coopération, c'est un véritable levier pour améliorer la performance institutionnelle des parlements, promouvoir la transparence et la responsabilité, et améliorer la qualité de la législation et des politiques, renforçant ainsi les pratiques démocratiques. Cet échange peut être renforcé par l'organisation de programmes de formation conjoints et d'ateliers pour les parlementaires afin de partager l'expertise et les connaissances, ainsi que par la mise en place de réseaux parlementaires régionaux pour promouvoir la communication et les visites d'échange, permettant aux membres de bénéficier d'expériences réussies dans d'autres pays. De plus, l'organisation de conférences et de réunions sur diverses questions communes en matière de législation et de contrôle permettrait d'enrichir encore cette coopération. Grâce à ces mécanismes, les performances institutionnelles se trouvent renforcées et les pratiques démocratiques consolidées.